Paul Bénéteau

 

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Textes,
Mauvaises manières.

 

Vous trouverez ci-dessous quelques-uns de mes travaux écrits, nouvelles et textes poétiques.

Je tâche de mettre à jour sinon de renouveler régulièrement le contenu de cette page.
C’est une vitrine littéraire sans néons, sans prix, sans étiquette Made in China.
Que Dieu bénisse le html.

 

 

 

Liste des textes

 

 

 


 

15.3 - 15.5.6
Turku

 

La bouteille ivre

 

”Levez l’ancre!”
Ca y est, on décolle.
L’équipage est fin saoul.
Moi aussi par ailleurs.
Nous sommes amarrés au milieu de nulle part.
Autour de nous, pas un péte de bleu, que du verre.
Quelques matelots, aux vêtements marins rayés, de noir et de blanc, remontent avec difficultés le poids.
“Ho hisse!” qu’ils disent.
“Du nerf bon Dieu!” que dit le capitaine.
Un bon capitaine.
Il a un crochet à la place de la main droite, un marteau à la place de la gauche.
Il lui arrive souvent, par temps de colère, de joindre les deux bouts, ce qui à le don de faire marrer l’équipage.
Pas de partage chez les pirates.
De plus, il a une jambe de poutre.
Un épais morceau de poutre vernis, taillé semble t’il dans un bois fort résistant.
Le genre de bois robuste que l’on utilise pour soutenir les toits des granges, ou que l’on place sous les roues des voitures enlisées.
Certains noms sont gravés dans l’écorce, ceux de ses perroquets défunts.
D’autres viendront s’inscrire sur sa jambe, à moins qu’il perde son bras…
Un bon capitaine.
 “Vous allez bouger vos culs de danseuses!”
Le capitaine tient la baraque, c’est lui la poutre.
Moi je tiens la barre, c’est autre chose.
Je mène la barque.
A vrai dire, je ne suis pas mieux que les autres côté bouteille.
Alors on flotte, se laissant guider par les vagues et mes quelques prises de décisions éthyliques.
On ne coule pas, c’est déjà une bonne chose.
Les mots restent légers…
La barre est située à l’arrière du bateau, au dessus de la cabine du capitaine.
L’unique cabine.
Ainsi rehaussé, je surplombe le pont.
Du plomb.
Je fais contrepoids.
“Sacre huître! Je vais vous crever la paillasse tas d’aubergines!”
Un des matelots qui relevèrent l’ancre hurle de douleur.
Ça se comprend.
Il se retrouve écrasé sous le poids, sur le bois, les jambes et le buste pris dans les chaînes.
Les autres en profitent alors pour lui faire les poches et les manches.
Le cochon a beau gueuler, ils font la sourde oreille.
Oui, le cochon.
Au milieu du bateau se dresse le mât.
L’unique mât.
A l’extrémité de ce long rondin, un seau.
Un seau en bois.
A l’intérieur, un cochon.
Sa queue en tire-bouchon est longue, très longue, si longue qu’elle tombe jusqu’au seuil de la cabine.
Le capitaine n’a ainsi qu’à ouvrir sa porte et tirer la queue pour déboucher des bouteilles de vins des plus raffinés.
Je m’empresse chaque fois que papa est renté de hisser la queue jusqu’à ma hauteur.
Je récupère le liège.
Je tête ainsi pendant des heures le bouchon imbibé d’alcool.
Pour remercier ce cochon, je tire très fort sa queue, puis relâche.
Ça claque.
Il aime ça mon cochon.
Le gras porc passe ses journées à scruter l’horizon et engueuler l’équipage
Ses pattes avant sont posées sur le rebord du seau, la frimousse tendue, et son groin répugnant laisse pleuvoir de longs filets de bave sur la jeune femme ligotée au pied du mât.
Cette dernière est très belle, une poitrine rebondie, une taille évasée, et de magnifiques cheveux lubrifiés par la salive, quelques morceaux de pommes mâchées en guise de paillettes.
Elle pleure sans cesse et supplie qu’on la détache, un air qui enchante l’équipage et qu’il fredonne à longueur de temps.
Je la regarde, amoureux, accoudé à la barre.
Un peu plus loin sur le pont, sur le plongeoir plus exactement, trois matelots menacent un quatrième bâillonné de le jeter aux requins.
Ce dernier n’a pas le choix, et saute.
Une fois tombé dans la mer verre-dâtre, deux splendides sirènes viennent le conforter et le délier de ses cordes.
Il rit.
Il est sauvé.
Il regarde les trois autres et se moque d’eux.
Les deux belles chimères l’entraînent sous mer.
Quelques secondes plus tard, une nappe de sang remonte à la surface.
Les trois matelots rient à leur tour et s’empressent de baisser leur pantalon.
Les esclaves ont observé la scène en première loge.
Les nègres sont dans la calle.
Faut bien les mettre quelque part.
Ils pagayent au rythme des castagnettes.
Les espagnols sont passés par là, le contre coup des croisades.
Ca groove chez les rameurs.
Ils chantent à longueur de temps.
Ils ne semblent pas être à plaindre.
Un grognement thoracique.
“Pluie! Pluie!”
Une pluie fine éventée tombe sur le visage du crieur.
Ce sont les trois marins juste au dessus d’eux.
Le cul à l’air, faces à la mer, ils pissent en sifflotant la plainte de la gémissante.
Le cochon du haut de sa tour engueule les trois ivrognes.
“Tribord!”
Un bon capitaine.
Comme à mon habitude, je ne fais rien, ne sachant pas ce que signifie “tribord”.
Il aime commander notre capitaine.
Alors il crie à tue-tête toutes sortes de mots, d’insultes, de chiffres.
Il frappe comme un sourd avec son marteau tout matériau susceptible de résonner.
De nombreux crânes ont été brisés.
“Dong!...Dong!...”
En voilà un beau son!
Ce n’est pas le capitaine.
C’est le vieux prêtre assis à l’avant du bateau.
Sa jambe droite est prise dans un piège à loup, il est ainsi condamné à rester à sa place, ayant pour seule punition de sonner la cloche toutes les deux lunes.
Lorsque celle-ci retentit, c’est l’euphorie générale.
Pause, direction la réserve de rhum.
Les gourdasses se remplissent, puis se vident, les rires s’engraissent, des poings viennent frapper quelques visages, les trois marins, le cul à l’air, se joignent au groupe, le vieux prêtre et la belle gémissent tous deux dans leur coin, le cochon crache sur le troupeau d’éméchés, et moi, je prend mon temps, déjà plein, titubant en direction du reste de l’équipage.
On me tend une gourde, je la bois d’un coup sec.
On me tend un poing, je perds quelques dents.
Encore un qui en avait une contre moi.
Tous nous rions.
Nous rions ainsi toutes le deux lunes, sans toutes nos dents.
Bourrés, certains matelots viennent enquiquiner la belle.
D’autres préfèrent le prêtre.
Moi, je préfère ma barre.
Alors je remonte, laissant les autres lancer des pommes à la gueule du cochon.
Je manque de tomber à plusieurs reprises dans l’escalier.
Une fois en haut, je m’accoude à la barre, comme d’habitude.
Ah… L’habitude…
Tiens!
Le voilà lui.
Il arrive un peu tard.
L’homme aux sentiments confus.
Un patchwork.
Un marin comme les autres, mais isolé.
Ca n existe pas l’esthétique en mer.
Il rêve d’une île.
Il rêve… Quel con.
Il courbe le dos, il se voûte par dessus bord pour verser d’autres larmes sur les teintés ramoneurs.
Le temps se couvre.
Un épais nuage noir se mêle au ballet
“Ta gueule!”
Un bon capitaine.
Il parle au cochon.
Le cochon semble inquiet de l’intempérie qui se crée.
Mais nous sommes tous trop saouls.
Alors on rit du cochon.
Les rires s’en-foie-ssent,
Le nuage oppresse,
La mer s’agite,
Le bateau tangue.
“Les femmes et le vin d’abord !”

 

Le capitaine joint les deux bouts,
Andromède perd ses poussières,
Le cochon crie “au scandale”,
Les baisers de nègres sont humides,
Le prêtre se ronge la patte,
La jeune femme, si belle,  pleure,
Le sol pleureur est déraciné,
Deux sirènes avachies s’essuient les lèvres,
Un enfant qui n’a rien à faire là mange des cerises.

Le ciel est noir obscur.
Pas une goutte.
Nous portons tous des vêtements marins.
Une paume cornée retire de la commode une décoration de mauvais goût.

 

Fin

 

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Sa vanité,
Comtoise pour enfants.

 

Une boule à neige,
Divers décors, divers souvenirs,
Qui coulent dans ses veines.
Perfusion que l’on secoue plus vite que le battement du pendule,
Qui lui rappelle qu’elle est vivante, et donc partiellement souffrante.
C’est l’idée de souffrance qui la fait souffrir.
Elle croasse du noir,
Assise sur son crapaud d’époque,
Son prince charmant,
Tant de fois baisé d’incontinence.
La comtoise gifle les silences.
Se tenir face à elle,
Valet de cœur à vocation civique,
L’écouter vous vexer, salir votre bonheur.
Ses propos pénètrent en vous et serrent la main aux organes sensibles.
La méchanceté ne fait pas la bise.
La comtoise berce les silences,
Longs et appréciables,
Ceux qui épongent son venin.
Puis quelques pets de vieille,
Son attitude inébranlable,
Ses doigts fripés,
Qui n’ont pour seul tact  leur empreinte digitale inexistante.
Je me tiens face à elle, toujours,
Songeant à des fesses d’adolescente,
Mon seul remède.
Elle serre fort,
Le bras tremblant,
La perfusion secouée,
Une boule à neige pour touriste.
Ses souvenirs coulent dans ses veines,
Guerres et autres douleurs.
La comtoise touche à sa fin,
Les silences mélodieux.
Ses yeux brillent alors,
Pour la première fois en ma direction,
L’excusant une nouvelle fois trop tard.
Ses petits doigts puisant leur force où ils peuvent,
Mâchoire, front, bras, épaules, jambes,
Peut-être même dans son cœur.
Et en bon valet,
Je ravale mon aigreur,
Et je l’aime,
Une fois encore,
Pour quelques secondes,
Quelques silences.

 

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Elvyre,
Ma p’tite chatte.

 

Les loups sont entrés sur l’parvis.
Prostituée sur l’autel,
À la recherche de la paie intérieure.
Ta foi sur un plateau.
Elvyre,
Ma p’tite chatte.
J’ai les crocs.
Ton sourire cathodique,
Tes formes weight watchers,
Ton empathie sur balance,
Ton brun de peau,
Tes promesses irritantes.
J’ai les crocs.
Les chiens à puces grattent à l’orée,
Nous chiens galeux,
Grognant les chats abrités dans tes fourrés.
J’ai les foies.
Je ne retiendrai pas la meute longtemps.
Mon sécateur rouillé,
Je me retire ma Brocéliande,
Ma forêt aux feuilles sauvages.
J’te laisse.
Elvyre,
Ma p’tite chatte.
Je lâche les loups,
Retire le monocle et recrache la bouffée de cigare.
J’t’abandonne ici-bas.
Je déploie les ailes et pars t’hurler à la lune de sordides confessions.
Je vais ronger un os que tes gros yeux d’enfant n’envieraient pas.

Elvyre ! Il suffit !
Lâche ma main !
‘tite chatte…
Les chiens ne font pas des chats.

 

Le fauve en page
Montréal
25/11/2010

 

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Berlinerin I

 

Berlinerin,
Pensées désespérées.
N’aggravons pas les choses,
Déchaussons-nous,
Enlevons les graviers,
Filons sur la pointe des pieds,
Ne réveillons pas l’enfant.

 

2005,
Quelque part au Zinc,
Jamais loin d’elle.

 

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Berlinerin 2

 

Berlinerin,
Aggravons les choses.
Ta main brûlée,
La mienne griffée.
Entrouvre les portes,
Laisse-les se rabattre d’elles-mêmes.
Bénissons cette pomme pourrie de nous laisser se croiser,
Remercions sa petite surface.
Négligerai-je la douleur ?
Supporteras-tu l’attente ?
Nous remettrons nos souliers,
Lierons nos lacets,
Et nous partirons ensemble,
Enfin,
Le ventre creux,
La pomme encore mûre.

 

2006,
Quelque part au Zinc,
Trop près d’elle

 

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C’est pas Ducros qui s’décarcasse

 

J'peux t'dire tu?
Comme vous voudrez.

L'invitation à dîner,
Son invitation à dîner.
J'ai pourtant bon appétit,
Mais ce chef-ci,
Ce leader de jasmin,
Sert de la bouffe irradiée dans mon assiette vert Bombay.
Ce sauvage en costume,
Ses épaulettes de colon,
Ses cheveux Right Fucking Now,
Un homme dans l'air du temps.
Pas l'genre qu'on emméne à l'arrière du tandem.
Si Ben-Hur me voyait...
Alors je mâche sans broncher,
Me tourne vers ses enfantés,
Membres ou moutons,
Et leur donne la becquée,
Leur recrache dans le gosier ses pop-corns et mon venin.
Mon venin,
Buvez en tous,
Broutez vos pâturages d'entre-cuisse,
Et jouez à vous passer le mal.
C'est pas Ducros qui s'décarcasse,
Cordon bleu noir de coeur.
J'fais tout l'travail, et repars sur mon vélo une place,
Égoiste,
Aigri envers cet homme,
Qui, de vous à moi, ne sera jamais rassasié.

Copieusement.

 

Montréal,
Juin 2011

 

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L’hiver sera long

 

La neige fait semblant,
Le trottoir boit ses mots.
La bâtisse ouvre ses yeux,
L’aurore.

La cadette des portes rigole,
L’escalier s’illumine, sans l’ombre d’un doute,
Les marches se parlent,
La porte ainée ouvre ses lèvres pour laisser entendre son dernier souffle.

La patère s’habille pour l’hiver,
Le plancher craque,
La table porte les bagages,
Les chaises bronzent en 2 pièces.
Le plancher craque de la cuisine à la chambre,
La lampe de chevet dort profondément,
Le matelas sanglote.
4 murs silencieux.
La couette se froisse,
La taie bégaye,
La couette se froisse,
La couette sanglote.
Puis le plancher craque de la chambre à la cuisine.
Tant de murs silencieux.
Les vitres frissonnent,
La gamelle du chat résonne,
L’horloge se tait,
Le robinet tente de fuir, mais ne fait que couler.
Alors le comptoir sanglote,
Et c’est au tour du salon, du grand miroir, du canapé vert,
Finalement le seuil de la chambre fond à chaudes larmes.
Le rideau capitule, blanc malgré motif,
La couette se froisse,
Le réveil immortalise le plus long des silences,
Puis l’oreiller embrasse désespérément.

Le sommier s’exhibe,
Le matelas absorbe les gouttes, de toutes sortes,
Puis pleure,
À l’unisson,
Cette fois pour de bon.

Alors la porte ainée crachera ce pépin,
Ce cœur non irrigué,
Le trottoir boira ses maux,
La neige fera sang-blanc.

 

À Québec,
Décembre 2011

 

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Sophisme,
À en perdre mon latin.

 

Tes regards irréguliers m'agacent,
Toi l'Agathe,
La perle si peu rare,
Proxima Centauri.
Je t'aime Sophisme,
Je te chevaucherai ab irato,
Soliste sans instrument,
Vinum bonum laetificat cor hominis,
Ce coeur refroidi pour une autre,
Flow artériel d'ouest en est.
Sophisme, de te fabula narratur.
Ton canard dans mon café se noie,
Appelle à l'aide.
Le large parle peu aux vierges,
Ton ombre anguleuse,
Si peu rassurante.
Sophisme, fais moi l'amour,
Du haut de ta jeune pousse.
Fais moi l'amour,
Curieuse pomme,
Pendule biologique,
Prends conscience du temps qu'il te reste.
Et tes jambes qui me clouent au sol,
Ou matelas,
Comme bon te semble,
Avec ou sans pyjama,
Comme bon te semble,
Mais mon sexe dans le tien,
Conventionnel,
Sans atypie.
Simplement deux enfants méritants de jouer sans lire les règles.

Regarde moi Sophisme,
Donne moi de l'importance,
Essaye de m'arracher à ce que j'ai,
Laisse moi ce plaisir de te dire Ne fle, mulier.

 

The strange boy (should i shot paul)

2011,
Montréal,
   Encore ignorant.

 

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De Snowdon à Rawdon

 

On suivrait la rivière ma belle S.,
On embrasserait Maman Ours,
Nous doublerions les D.S.,
Nous troublerions les remous, les ressacs.
"O'shit!" dit l'capitaine,
On n'y échapperait pas,
Trois thons rouges pour escortes,
Rouges de honte,
Complexés.
Puis serré contre toi,
Attentif aux rapides,
J'te pincerais l'cul,
Les mouches à chevreuil itou.
Nous l'ferions,
Ici, maintenant,
Il neigerait sur Yesterday,
Sur ton Y.

Si nous n'étions pas pris,
Tous les deux,
Nous prendrions-nous,
Tous les deux,
Les pieds dans l'tapis?

Juillet 2011,
Rawdon / Montréal

 

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Ton jeu,
Sur scène ou Cadillac.

 

Description amoureuse.

Ce que je n'aurai jamais,
Ton corps sur le mien,
40 plumes sur mon pelage,
Tes pommes d'amour,
Tes aspérités de velours.

L'image que j'aurai toujours,
Sous le tapis,
Les matins dorés,
Le lit bordé,
L'érigé,
Pointé vers une idée de toi.

Conduire cette américaine en manuel.
Ce n'est pas d'l'amour.

Et puis des meubles autour,
Droits,
Droits.
Anguleux.
Droits.

Ce n'est pas d'l'amour.

 

2011-2012,
Montréal,
Sa compagnie évanouie

 

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Ring ma belle,
Alliance alitée.

 

Tête de lit docile,
Présentez, femme!
Retirez vos bas de gamme,
Tenez-vous, enjouée, à la portée de tir.
Présentez, formes! En rang 2 par 2.

Tête de lit  réveillez vos ardeurs,
Faites feu!
Posez-vous, Blanche, sur mes partitions,
Que je mate vos grades, en rang 2 par 2.

Tête de lit missionnaire,
Établissons le camp ainsi.
Je suis votre superposé hiérarchique,
Tenez la mesure de la situation,
Vous, mon inférieur harmonique.

Tête de lit fatiguez-moi!
Vos doigts croches jouent une gamme ordinaire.
Savez-vous seulement entendre un bémol?
Au pas, trottez sur moi!

Tête de lit soldat,
Garde à vous sur moi!
Nous sommes décidément bien mal accordés,         
Je vous mets aux arrêts.
Retirez-vous, Bleu,  au son de mon diapason.

Tête de lit l’alcool ça creuse,
Montez au front! Faites moi diner au Mess!
Entonnez vos demi-soupirs,
Baissez-vous, d’un demi-ton, et finissez le morceau.

Tête de lit si tant est que vous apprécierez,
Repliez-vous,
Davantage,
Postez votre octave,
Que mon salut majeur fasse intrusion derrière vos lignes ennemies.

Tête de lit dormir maintenant.
Rompez! Et levez le camp.
Mais laissez moi un double de votre clé de hutte,
Je repasserai à l’occasion faire tinter votre linotte.

 

Mars 2012

 

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Un 11 mars sur Terre,
Prévision Maya

 

Le Québec a eu bon appétit,
Puis la Belgique s’est invitée dans le corridor,
La musique pour nouvelle religion.
Nous voilà dans la chambre,
Seuls, ou presque.
L’ancien sol pleureur est joueur,
Atlas de nos ébats entamés,
La table de chevet par 3 fois protégée de nos maux d’amants.
Je la regarde enfin, elle.
Ses yeux cartes postales,
Souvenirs de Sydney, Vietnam, peu m’importe.
Dieu qu’elle est bonne.
Le rhum me donne des airs,
Dirige avec grâce mes mains de couturière.
Elle fait risette.
Elle bouge, mieux que d’autres.
Disons qu’elle bouge, c’est pas mal exotique.
Ses coups de reins me donnent des ailes,
Dirigent avec grâce son bassin d’hiver.
Je survole ce lac étrange, ici, à Montréal, pendant des heures.
Je la contemple, prêcheuse Maya,
Illumine son temple à la con.
Puis comme prédit,
Nous aurons perdu 1 heure,
Mais gagné une dizaine d’autres à aimer pour de faux.
La musique pour veilleuse,
La Belgique ne pouvait continuer plus longtemps sans gouvernement,
Le Québec a capitulé et remis son froc.
Je l’aime pour de faux.
À demain nous deux,
Toi que j’aime pour de vrai.

 

Montréal
12/03/12

 

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Ton ombre,
Donc ma lumière.

 

Un réveil en sursaut, mauvais rêve.
Les rideaux sont tirés.
Noir.
Générique.
La séance a pris fin, tu as quitté la salle, les spectateurs n’ont fait que te suivre.
On semble leur avoir donné un beau spectacle, photosensible et sans artifices.
J’espère en tout cas que tu auras aimé ta performance.
La mienne fut digne d’un dogme, crue et naïve.
Ta révérence.
Dur de te voir quitter le navet.

Ton absence.
Je te vois malheureusement partout, en ombre, propre et portée.
Malheureusement.
Malheureusement.
Ton élégance oubliée derrière toi, ton ombre égarée en ces lieux.
Je te vois malheureusement partout.
Je te vois dans chaque angle, chaque creux, chaque plainte, chaque mur, chaque bout de tapisserie déchirée, chaque coup de pinceau, chaque brique au travers, chaque moulure, chaque cadre, chaque porte, chaque cliquetis, chaque grincement, chaque sifflement de vent engouffré dans le plastique isolant, chaque tringle, chaque rideau, chaque meuble, chaque tissu, chaque matériau se prétendant d’époque, chaque musique rétro, chaque électro, chaque vêtement délaissé, chaque odeur délicate, chaque odeur moins délicate, chaque bouteille pleine, chaque bouteille vide, chaque verre plein, chaque verre vide, chaque assiette, chaque Tupperware, chaque ustensile, chaque particule de poussière, chaque grain, graine, féculent, condiment, conserve, médicament, crème en tout genre, savon, gel-douche, shampoing, parfum, dentifrice, lipstick, coton-tige, pince à épiler, pince Monseigneur, rustine, clé en double, voire triple, chaque fenêtre obstruée par ma seule volonté de me plonger dans la pénombre et te noyer avec.
Mais je te projette partout autour de moi.
Ton ombre dans le noir.
Ma faute, sorry, j’illumine,  phare de mon propre ennui.
Jeu d’ombres, chinoiserie de mon imagination qui ne cesse de te dessiner,
Parfois Peter Pan,
Parfois Lucky Luke, touchant en plein cœur.
La caverne reste un mythe, cette galère est réelle, trop de rames pour un seul homme.
Dur de te voir quitter le navire.

Puis viennent les rêves,
Dans lesquels se tournent nos vieux films,
Romances, péplums, thrillers, cape et épée, parfois sans.
Un cadre idyllique posé sur trépied,
Un plan-séquence, fixe, pour me laisser le temps d’apprécier,
De contempler tes silhouettes fauniques en arrière plan,
Ta flore glissée au premier plan.
Les éclairages sont doux, teintés de rose, forts de ta frimousse.
Mais viennent les larmes,
Qui obstruent l’objectif, érodé de t’avoir trop vu.
La pellicule, aussi belle qu’elle soit, aussi belle que toi, se noie.
Un réveil en sursaut, mauvais rêve, la félicité avortée.

Puis viendront les rêves, les autres, de doux cauchemars dans lesquels tu n’apparaitras plus.
Cécité à espérer.

 

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Le rectangle rouge dans sa pupille

 

La discussion prend une tournure de Croix Rouge.
Elle semble vouloir me venir en aide. Elle est belle mais un peu trop sûre d’elle. Elle maquille ses propos, entre autres, étale son Mercurochrome sur une prétendue plaie qu’elle pense m’avoir faite.
Je suis de nature indulgente. Je la laisse parler. Je n’ai pas mal. Encore moins peur d’avoir mal. Mais je ne veux pas la froisser. Je ne nie pas la douleur espérée, mais ne me plains pas pour autant.
Alors je l’observe. La fixe droit dans les yeux, m’égarant par moment sur les traits lisses de son visage. Elle est belle. J’apprécie. Elle n’a rien à craindre, j’aimerais qu’elle en ait le cœur poli. Quelle belle attention que celle de vouloir me protéger.
Tout virage est pris à la perfection. Son discours tient la route. Nous arriverons à bon port, elle et moi, les idées claires. La patte d’oie. Chacun son doigt.
Je l’écoute avec plaisir. Elle se rapproche du checkpoint. Mon regard se perd dans le sien. Serein. Ses paraboles pas rapports se rejoignent enfin. Enfin elle le dit. Enfin elle me le dit. Ses yeux fuient alors les miens, se lèvent vers le ciel gris parisien. Se reflètent en eux notre décor. Le rectangle rouge dans sa pupille. Deux macros verres de Bourgogne blanc sur cette table rouge. Deux macros mains crispées, les siennes. Mon sourire, léger, atomique, orienté vers l’Est, longeant le 25ème parallèle.
Et quand ses yeux reviendront symboliquement se plonger dans les miens pour faire l’état des lieux, regonfler les pneus, alors je le dirai. Alors je le lui dirai : Je n’ai rien à promettre.

 

Café-Bar Dishny
20h30
4/6/12
Paris

 

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Thouars,
12/05/12

 

Étouffé dans l’œuf,
Le nid pourtant chaud.

 

Prologue,
Dernière becquée.

 

Au sommet de la montagne. Le ciel est dégagé.
Le nid déserté. Venant de loin quelques échos de ses battements d’ailes, à elle. Lui, la bouche pleine, la peine faisant mouche, se sent le besoin de chanter, de siffler, de piailler. Mais il est grand aujourd’hui, doit agir seul. C’est elle qui le dit. Veiller au grain. Observer les nuages qui se forment au loin. Considérer la qualité des ressources nécessaires à passer au travers de l’hiver. S’accorder le luxe du temps pour donner signe de vie au printemps. Éviter les obstacles, encre de seiche et autres pressions. Et face à la route qui manque, trancher, choisir spontanément, ne pas regarder derrière soi, du moins éviter. Et s’il se remémore eux deux, ne pas perdre pied, étouffer la colère, face au manque d’empathie, face aux couleuvres que certains tenteront de lui administrer.
S’assoir alors et écrire ces lettres, enfoncer le couteau. Et accepter la mauvaise conscience qui s’en suivra, l’aigreur, boucler sa ceinture, serrée fort, et rester assis. Se décider. Que devra-t-il faire ? Sortir sous les flocons la peur au ventre ?
En dedans comme en dehors il sera perdu.
Mais il trouvera la paix.
Et elle ponctuera ses lettres avec tact.
À distance.
Elle acquiescera que cela lui sera difficile, confirmera qu’il doit considérer la qualité des ressources nécessaires à passer au travers de l’hiver. Elle lui proposera de serrer un peu plus fort sa ceinture, lui dira qu’il mérite de s’accorder le luxe du temps pour donner signe de vie au printemps.
Puis elle s’excusera de nouveau, par à-coups. Mais elle confortera sa position.

Quelques notes sur une partition écrite d’avance. Un coup de dé pour tout relancer, si les Dieux sont joueurs.

 

 

1ère note,
Il ne put s’empêcher.

Elle s’est éloignée. Seule. De l’autre côté. À l’opposé. Une autre rive.
Lui est parti chercher du soutien. Un autre nid. D’autres corneilles. D’autres volatiles. Un bout du monde. Là où le fleuve se rétrécit. Il s’est posé sur une branche. La neige à veille. Il doit digérer. Il doit digérer ce poison. Accepter. Mais il ne peut s’empêcher. De l’amour à donner. Incontinence consolatoire. Il la siffle.

           
Je sens le besoin de t'écrire. J’ai peur. Le faussé vertigineux se creuse. Toi la distante, la silencieuse. Me répéter, encore et encore. Je tiens à toi. J’ai peur. J’ai le vertige, arrivé là où le fleuve se rétrécit. Ce vide avoué fait du bien, permet occasionnellement de ne penser à rien. Ni à toi. Ni à moi. Et j'y parviens. Réconforts au pluriel. Mais parfois la coquille remonte à la surface. Et alors je suffoque, crains, tremble, m'énerve.
Comment s’imaginer, envisager le pire ?
Je t'aime.
Tellement.
La Commune, notre vie d’ouvriers, tous deux bâtisseurs d’un bonheur. Je ne veux pas te perdre, rappelle-toi de bien prendre le temps de considérer tout ça. Nous deux. Je me doute que les choses ne doivent pas être faciles, et si jamais c'était le cas, alors mens-moi encore un peu, je veux y croire. Ne précipite rien, pense à d'autres alternatives, ce dont nous avons parlé ensemble.
J'ai peur de te perdre.
Tellement.
Tu es bien plus. Accolade, sourire, perle. Des milliers de vagues injustes, le chalutier voguant à sa perte. L’oubli n’est pas le remède, sens giratoire mortuaire, ton annulaire frottant la tangente. Et je m’essayerai encore de te passer la bague au doigt, te rendre heureuse. Encore être près de toi, à la trace, peu importe la pilule, je suis prêt à tout gober. Encore t'aimer, plus que tu ne m'aimes. Cela n'a finalement pas d'importance.
Prends.
Prends ce que je t'offre. Prends cet anneau dans mon bec. La boule au ventre, je ne sais pas nager. Désolé de te faire plonger si tôt, te demander ta bouée, à défaut de ta main.
Promets-moi. Prends le temps, embrasse ce luxe. Réfléchis en silence, ne te décide pas.  Ni aujourd'hui, ni même demain. Ne me dis rien. Promets-moi, encore et toujours. Je m'en contente. Laisse-moi encore me voiler la face, ou bien aime-moi pour de vrai. Fuir ces pensées rocailleuses, celles qui me font couler. Sueur. L’angoisse au bain-marie.
Là où le fleuve se rétrécit.
Sur ma branche.
Même pas mal.
Ni même bien.
Je m’apprête à souffrir. Ma faute, on ne pêche pas à la dynamite. Je vais taire cet acte criminel et continuer à faire semblant. Conforter l’envie de régression, lever les yeux au ciel pour espérer la neige. Alors il neigera sur l’albatros, et le groom me protégera. Je n’aurai rien ni personne à craindre, pas même moi. Étirer cette béatitude. N'oublie jamais que je pourrais te suivre n'importe où si tu le souhaitais, n'ayant aucune autre envie que celle d'être avec toi.
Pardon de remuer les choses, mais le silence devenait long. Je vais essayer de ne pas recommencer avant la prochaine bourrasque, mais ne m'oublie pas, et ne lâche pas, pas encore.
Prends soin de toi.
Je t'embrasse.

 

 

2ème note,
Elle lui répondit.

Elle est affectée.

Tu as bien fait de m'écrire.
Ne te retiens pas, mon ombre est là pour ça,
Étalée sur les milliers de vagues,
Respectueuses de ma loi.
Le calme plat règne sur le lac devant moi,
Le cabanon m’étreint entre ses seins jusqu’à tard le soir.
Je rêve souvent à ce fleuve, bordé de roches, une croisière nostalgique.
Je rêve à cette ville portuaire, où les catins pendent leur crémaillère.
Tu as ton groom, j’ai mon eau de rose,
Parfum qui m’endort.
Prends soin de toi.

 

 

3ème note,
Elle s’excusa.

Elle comprend mieux son rôle, à elle.

Excuse-moi.
Je suis maladroite.
J’aurais aimé mieux te répondre.
Ne m’en veux pas.
La gorge enrouée,
Je ne prends que peu le temps, je fuis l’immobile.
Je pense à toi souvent,
L’angoisse, l’envie de nous voir heureux.
J’aimerais t’épargner,
Mais l’égoïsme doit briller dans l’arène,
Ma vie me regarde et exige.
Entoure-toi, protège-toi, évade-toi sous la neige, car je ne te ferai pas de cadeaux.
Espère vivre et tu t’en sortiras.
Nourris ton sang.
Prends soin de toi.
Je ne t'oublie pas.

 

 

4ème note,
Il lui évoqua.

Elle est loin. Seule. De l’autre côté. À l’opposé. Une autre rive.
Elle est ferme. Courageuse.
Lui encaisse. Il tente d’encaisser. Il pense enfin respirer, remonter à la surface. Il garde espoir. Naïf. Il rechutera.

Je voulais simplement te parler de la neige. Je pense inlassablement à toi. L’histoire se répète. Je t'aime et suis là pour toi, si tu en sens le besoin.
Je t'embrasse avec toute l'affection que tu me sais capable de te donner.

 

 

5ème note,
Elle le remercia.

Elle le sait, rien ne changera.

J’aime quand tu me parles de la neige.
Les flocons fondent-ils en douceur sur ton visage ?
Je m’efforce à multiplier mes vues fixes.
Je les juxtapose aléatoirement et contemple une séquence animée.
Le film peut durer jusqu’à l’aube si il le faut, je sais que le bonheur approche.
Le lac agité.
Veiller au grain, seul l’avenir pourra calmer le flux.
Je rénove les souvenirs pour les vendre au plus offrant.
Je pense souvent à toi.
Je pense à ce que je laisse derrière moi.
Ce n'est pas facile.
Mais il sera difficile d’inverser le courant de la marée.
Je souhaite clore en beauté.
J’en ai besoin pour éclore.
Je vais donc revenir, de passage.
Je ne gravirai pas la montagne lors de nos retrouvailles.
Oui, nous allons nous retrouver bientôt, sceller la fourche. 
Je le ferai pour toi.
Mais je reprendrai mon envol dans la tempête de neige.
Je reviendrai ici. De l’autre côté. À l’opposé. Sur l’autre rive.
J’y ferai mon nid.
Je suis désolée.
Je suis désolée mais je ne gravirai pas la montagne.
Je sais que tu vas en souffrir.
Sache que je souffrirai également.
Je ne saurai aimer autant.
Je t’ordonne de prendre soin de toi.
Garde espoir, donne signe de vie au printemps.
Tu es en moi, les lunes n’y changeront rien.
Pardonne-moi.

 

 

6ème note,
Il suffoqua.

Il est au bout du monde. Là où le fleuve se rétrécit. Sur sa branche. Il ne s’est jamais senti aussi seul. Il réalise qu’il sera seul. Pour de bon. Il rechute. Il ressasse. Le souffle coupé.

C'est dur. Une fois encore je te demande de prendre du temps. Minute papillon. Que fuis-tu? Qui fuis-tu? Je ne te ferai jamais de mal. Arrête de précipiter les choses. C'est déjà dur de devoir accepter ce que tu mets en branle, ne me laissant aucune chance et aucun mot à rajouter. Alors s'il te plaît, ne sois ni lâche, ni mauvaise avec moi. J'ai besoin que tu gravisses la montagne. Il y a plein de choses à envisager. Il y a plein de choses à observer. Et tu m'avais promis. Promesse de ne pas précipiter. J'imagine que c'est facile pour toi d’entrevoir l’avenir sous la pluie,  mais pas pour moi. Es-tu pressée? On va vivre la même galère, et moi je ne bous pas d'impatience. Je te demande de l'aide, à défaut d'amour. Car je ne veux pas te perdre, toi à part entière. Pourquoi cherches-tu à m'éviter? Je n'ai rien fait de mal, et n'en ferai pas. J'espère que tu le sais. Est-ce que nous méritons ça? Tout s'écroule, notre bonheur, notre intimité, notre complicité. Et notre quotidien, nos espoirs. Quand tu siffles je constate que je n'ai plus rien aujourd'hui. Rien du tout. Tout est perdu. D'un coup. D'un seul. Sans que je puisse me battre. Alors je t'en prie, n'envisage rien sous la pluie. Que cela reste un fantasme. Par respect, ne me dis pas déjà savoir ce qui t’attend de l’autre côté. À l’opposé. Sur l’autre rive. Sous la pluie. Oublie ton nid. Je ne mérite pas ça. Ne nous oublie pas si vite. Ce serait moche. Et quelque peu dégueulasse. Je pourrais accepter ton choix de partir et m'armer au mieux pour la suite des événements, mais ne m'accable pas avec une joie spontanée d’éclaircie, de nouvel horizon, d’autres plumages. Revêts-tu d’autres plumages ? Je te demande de me répondre honnêtement.
J'ai peur, c'est indéniable,
Je t'aime et je veux que tu sois heureuse.
Je n'ai pas dit mon dernier mot, littéralement.
J'aimerais que tu chantes pour moi, juste pour me faire sourire. Accepteras-tu? Je reste faire face au vertige, là où le fleuve se rétrécit. Sur ma branche. Je prolonge, fragile et impuissant présentement. L'avenir me fait peur car je ne le vois pas sans toi.
Je t'embrasse.
Prends soin de toi.

 

 

7ème note,
Il hydrata ses paroles.

Il ne veut pas envenimer. Il est grand aujourd’hui, doit agir seul. C’est elle qui lui a dit. Il commence à comprendre son rôle, à lui.

Je tiens à corriger mes dernières paroles, ma gorge enrouée. Pardonne la partie virulente. Mais laisse-moi encore t’écrire ce que je ressens. Tu le sais, si je pouvais, je ferais tout pour te retenir. Non je ne veux pas te voir quitter ma vie. J'ai repensé au fait que je te demande de nous laisser du temps, de ne pas précipiter. Mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus finalement. Je serais prêt à l'accepter, à condition que notre relation reste en bon terme. Car c'est ta manière plus que la forme qui fait peur. J'ai l'impression que tu me fuis comme si j'avais la galle, que tu m'abandonnes sur le bord de la route. Cette nuit encore j'ai fait un cauchemar dans lequel tu pars sèchement, durement, crachant mon encre, me faisant de la peine. Et je ne veux pas ça. Je ne le mérite pas. Je ne le supporterai pas. J'aimerais qu'on reste en bon terme, quoi qu'il arrive, que l'on puisse encore se parler, car j'ai peur de perdre notre complicité. Je te l'ai déjà dit, je ne te nuirai pas, et j'aimerais conserver ce lien qui nous unit. Tu souhaites déjà mettre un océan entre nous, laisse-nous au moins la chance de garder contact. Je ne perds pas l'envie de te retrouver, mais je saurai être raisonnable. Car davantage que de perdre notre histoire, j'ai peur de te perdre toi. Et ça, c'est insensé. Injuste. Injuste car on se comprend. Accepteras-tu de chanter avec moi sous la neige ? Surtout si ton passage est écourté. Nous avons de nombreuses brindilles à retirer, défaire le nid sans précipitation.
Je t'en supplie, fais-moi confiance. Je suis prêt à accepter. Enfin. Alors ne m'efface pas de ta vie. Ne me mets pas de côté. J'ai tellement peur que tu veuilles m'oublier.
Je ne tendrai pas l’oreille ces prochains jours, j'ai peur des notes que tu interpréteras. La peur de t’entendre siffler des notes que je ne saurai supporter. Je ne veux pas me gâcher la vie.
J'espère que tu sauras être rassurante et indulgente. J'aimerais chanter avec toi, ne me traite pas avec dureté.
Je peux supporter la situation.
Je t'aime.

 

 

8ème note,
Elle rassura.

Elle apprécie sa réaction. L’ancre enfin levée. Toute encre devient digeste. Elle volera en paix à présent.

Je ne te veux aucun mal.
Mais je ne peux te mentir.
Retiens de moi que j’ai su rester honnête.
J’ai appris à esquiver les gouttes.
J’ai appris à boire l’encre des seiches.
Je m’assure du bon déroulement de mes errances.
Mais tu as raison.
Trop peu de temps pour retirer tant de brindilles.
Je ne rallongerai pas, je me rendrai d’autant plus efficace.
Je sifflerai avant d’arriver au pied de la montagne.
Voici ma note, le capot sur bonne fréquence.
Donne-moi la tienne dans le doute.
Nous nous verrons sous peu.
D’ici là oublie-moi.
Pense à toi.
Je m’envole sous les vestiges d’une tour de fer,
Rejoindre le passé, le Beau, celui non douloureux.
Je m’envole définir résolument quelle pensée gouvernera mon audace.
Ne crois pas que je te fuis.
J'ai peur de te blesser.
Je siffle avec tact.
Je n’ai revêtu aucun plumage.
Ne sois pas soucieux.
Je conserve mes couleurs tant que la lumière les rend radieuses.
Je n’ose siffler davantage en public, j’en resterai là.
Je pense à toi.
Définis résolument quelle pensée gouvernera ton audace.
Le vent s’apprête à tourner, dans le bon sens.
Ton sens à toi.

 

 

Silence,
Quand le vent tourna.

Il ne pouvait s’en sortir seul. Il l’eut cru. Mais il ne pouvait s’en sortir seul. Des oiseaux se sont posés sur sa branche, au bon gré du vent. Plusieurs soleils. Il ne put s’empêcher de leur siffler son histoire.
Il chercha réconfort. Accolades.
Il en obtint. En partie.
Il comprit alors. Seul. Il la laissera voler en paix à présent.

 

 

9ème note,
Il reprit son souffle.

Il a fait le tri des mots. Les siens. Il a fait le tri des sifflements. Les leurs, oiseaux de  passage. De passage sur sa branche.
Il la siffle. À nouveau.

Je n’ai pas tendu l’oreille depuis plusieurs jours. La peur de t’entendre siffler des notes que je ne saurai supporter. L’écho des dernières parvenu jusqu’à moi est rassurant. Nous sommes sur la même gamme. Toutefois, je ne comprends toujours pas pourquoi tu comptes précipiter ton départ. Tu ne me fuis pas, j'en suis content. Tu réalises. Trop peu de temps pour retirer tant de brindilles. Évidemment. Donc je te le redemande, s'il te plaît, ne prévois pas ton envol. Prenons le temps de chanter ensemble. Ça me fait mal de savoir que les choses se dessinent de ton côté, que tu sembles heureuse, que tu parviennes à passer du bon temps. L'amère impression que tu tires une croix sur notre passé. Je me passerai de dramatiser en t'expliquant comment je vais, quelle est l'humeur ici, là où le fleuve se rétrécit. Ce serait comparer des ruines à une pièce aseptisée. Je n'arrive pas à faire comme si de rien n'était, comme si c'était normal. Je suis soulagé en tout cas que tu ne veuilles pas m'écarter, que tu es prête à garder contact.
Je reste sur ma branche encore quelques jours, là où le fleuve se rétrécit. Je regagnerai la montagne ensuite. Je la gravirai. J'ai hâte de t’entendre siffler à nouveau car je ne suis plus sûr des mots que je dois utiliser, non plus de ceux que je dois retenir.
Je tiens à toi, et j'en souffre.
Ne nous oublie pas.
Je garde toujours espoir de te voir revenir les valises pleines. Le vent est dans ma direction pour les prochains jours. Je t’entendrai siffler ici, de ma branche. Par contre, je voudrais être sûr d'être sur ma branche quand tu siffleras, je ne supporterai pas d'entendre l’écho. Sinon, contente-toi d’attendre que je regagne ma montagne.

 

 

10ème note,
Elle entama la fin du morceau.

La fin est proche. Elle ne répond plus à ses attentes. Elle sait qu’il faut laisser couler. Pour son bien, à lui. Elle décide de sceller le souvenir d’eux deux. Ils ne sont plus. Ils ne seront plus qu’image.

Mon nid est en chantier.
Ferme les yeux.
Le peux-tu ?
Imagine-moi.
Ne fais que m’imaginer.
Contente-toi de mon image.
Écoute-moi bien.
Nous ne chanterons pas ensemble.
M’entends-tu ?
Je suis gênée.
Je dors sur une branche humide, en proie aux fauves à l’orée du bois.
Je ferme les yeux maintenant et garde l’espoir de te voir dans mes rêves.
Je sifflerai pour toi à l’aube.

 

 

11ème note,
Il s’accorda.

La fin est proche. Il le sait. Ils ne sont plus. Ils ne seront plus. Il se laisse tomber.

Je t’écouterai à l’aube. Dis-moi quel sera le sens du vent. J'espère que tu m’entendras siffler.
Je pense à toi.
Je t'embrasse.

 

 

12ème note,
Elle s’accorda.

La fin est proche.

Je fermerai les yeux dans les prochaines secondes.
Je te confondrai avec d’autres visages.
Alors siffle.
Siffle-moi. Fort.
Je t’écouterai.
Je fermerai les yeux dans les prochaines secondes.

 

 

13ème note,
Elle toussota.

T’ai-je confondu ?
La lumière fut trop forte et mes paupières ne purent résister.
Mes yeux grands ouverts.
Je me souviens avoir vu des visages.
Jamais le tien.
T’ai-je confondu ?
Je ne t’ai jamais entendu.
La nuit est proche.
Je fermerai alors les yeux.

 

 

14ème note,
Il s’exposa.

Je les fermerai également, mon soleil pour ta lune.  L’aube sera dure pour moi, je manquerai de vivacité. Alors j’attendrai le zénith, ta lune pas encore effacée. Le zénith. Je fermerai alors les yeux.

 

 

15ème note,
Il toussota.

Le nid encore chaud. Le zénith. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. J'appréhende. Je ne pense pas être prêt à fermer les yeux. Fermer les yeux sur nous deux. Ne faire que t’imaginer. Donne-moi encore un peu de temps. Ce n’est que de l’ordre de quelques secondes, minutes, heures, jours. Accepte mon invitation. Regardons encore un peu, savourons les derniers souvenirs avant de tout effacer.
Désolé.

 

 

16ème note,
Il s’inclina, pour de bon.

Je m'ennuie de toi. J'espère que tu vas bien. Je me décide enfin à considérer la qualité des ressources nécessaires à passer au travers de l’hiver. Je tendrai l’oreille à mon retour. Sur la montagne. Si je n’ai vent de toi, alors je fermerai les yeux à l’aube. Pour de bon. Je me sens prêt. Mon soleil pour ta lune. Je fermerai alors les yeux. Ferme les yeux cette nuit.
Je t'embrasse.

 

 

17ème note,
Elle ferma les yeux.

Mes yeux sont fermés.
Je te vois enfin.
Voilà à quoi nous ressemblions.
Voilà à quoi nous ressemblerons.
Nous étions beaux.
Nous le resterons à jamais.

FIN

 

 

 

Épilogue.

 

Avant son envol, au pied de la montagne.

Je pense à toi et j'en profite pour t'écrire. Simplement. Je veux t'assurer que les choses se passeront bien quand tu seras ici. Au pied de la montagne. J'ai conscience que tu rentres pour qu'on termine ce que nous avions commencé avant les premiers flocons. Se dire Au revoir. Être près l'un de l'autre. Encore intime. Peut-être pour la dernière fois. Et je ne veux surtout pas gâcher ça. Je ne veux rien regretter. Prendre ce que l'on peut prendre de l'autre. Chacun. Un sursis pour attaquer le flou qui se présente face à nous. Nos bons moments. Avant que tu t’envoles sous la pluie. J’espère que nous en retrouverons de semblables. Nous boirons la dernière goutte de nous deux. Les yeux fermés.
Je pense à toi. Je suis content que tu reviennes. Pour un temps écouté. Trop peu de temps pour retirer tant de brindilles. Mais un temps apprécié.
Bon vol.
Je t'embrasse.

 

 

Après son envol, le printemps.

J’espère que tu es bien rentrée. Je suis désolé si j’ai dirigé quelques flocons en ta direction lors de ton envol. Il m’était difficile de me laisser aller. Sache que j'ai apprécié t’entendre siffler. J’aurais aimé répondre. Te répéter une fois encore ce que tu sais déjà. Ce ne fut pas évident de te voir prendre de l’élan. Mais nous savons tous deux ce qui nous attend maintenant. Je sais ce qui m’attend maintenant.
Merci d'être revenue. Ce fut agréable. Malgré tout. Également très utile. Je me fais à l’idée. Aux idées. Je m’en fais des idées. Je garde en visuel le printemps. Le temps des jolies fleurs. Le temps s’accorde à mes attentes, je donnerai signe de vie au printemps. Je sèmerai dès l’aube. Massivement. J’attendrai. Je serai patient. Puis je décollerai à mon tour. Je traverserai les gouttes pour me rendre plus loin. Là où la lune se rétrécit. Le soleil en permanence. Je ne fermerai plus jamais les yeux. Je ne t’imaginerai plus. J’y verrai clair, à en pleurer.

 

 

Annexes

 

Là où le fleuve se rétrécit. La branche esseulée, brulée par le soleil printanier.
Gravés sur l’écorce ses mots écorchés aux oiseaux de passage. Suivis des leurs. Quatre oiseaux. Sans doute s’est-il confié à d’autres. Mais seules les traces parlent.
Le vent tourna alors, suite à ces besoins d’attention.

 

Il siffla au 1er oiseau,
Un corbeau.

Un premier oiseau vint se poser sur sa branche. Au hasard du vent.
Un corbeau taciturne.

Merci pour ton attention. Je me sens le besoin de te siffler. Ces derniers jours ont été fulgurants. J'aimerais tellement me coller près de toi à ce moment précis. Je regrette encore de ne pas l’avoir suivi.
Mais telle est la situation.
Tu vas me manquer. Suite à ce besoin d’attention.
Regarde en face de toi, là où le fleuve se rétrécit. Je suis sur cette branche depuis peu, y récoltant ce que j'étais venu trouver. De la régression, pure et dure. Elle m’a quitté. Elle est partie voler sous les gouttes, avant même les premiers flocons. Elle prend le temps de penser à elle, à ce dont elle a besoin. Et envie. C’est dur. C'est dur, car je ne peux rien faire, à part lui ressasser ce que je ressens et l'étouffer, et la contraindre à se détacher plus encore.
Que faire putain ?!
Je raisonne avec semble-t-il maturité. Entendant. Mais dans le fond je ne veux pas, je brûle, je veux hurler, violemment, la retenir, ou lui en vouloir pour de vrai, la rejeter. Mais non. Je suis bras ballants, amoureux et impuissant, suffoquant à l'idée même de la perdre, mais retenant mes quelques mots entre chaque souffle pour ne pas perturber le temps et le silence auxquels elle aspire. J'ai encore espoir aujourd'hui, prêt à accepter toute alternative pour ne pas la perdre, tout sauf un départ définitif de ma vie. Je ne veux pas la perdre, c'est irrespirable.
C'est injuste.
Elle tient à moi, je le sais.
Mais cela ne suffit pas.
Elle a mal car elle me fait souffrir, c'est oppressant. Je retiens mes cris, pleurs ou tout autre piaillement pour ne pas l'alarmer, ne pas la rendre malheureuse.
Alors je dois souffrir seul, en silence.
Je rumine, mais les choses vont et viennent dans ma tête, et se répète, c'est un cycle étouffant, sans issue pour l'instant, deux simples doigts croisés pour encore croire à une autre alternative, la rejoindre sous la pluie, ou bien vivre chacun séparément. Y en a plein d'autres des comme ça, que je lui ai proposé, que j'ai mis sur le tapis, et je sais qu'elle pense à tout ça, mais ses derniers regards avant son départ me faisaient comprendre que dans l'immédiat, ces tentatives désespérées n'étaient pas suffisantes, pas nécessaires.
Je l'aime tellement.
M’entends-tu siffler ?
Peux-tu lire dans mes yeux à quel point cela m'affecte et à quel point je suis perdu.
Putain.
J'ai mal au crâne.
Ma branche me convient en ce moment.
Là où le fleuve se rétrécit.
Même pas mal.
Ni même bien.
Je débranche complètement, me voilant volontairement la face, car incapable de gérer ça. Pas tout seul. Pas si tôt. Alors je fuis et ne pense à rien. Alors il neigera sur l’albatros, et le groom me protégera, me confortera dans son univers. Ni violence ni douleur ne se ressentent. Je n’aurai rien ni personne à craindre, pas même moi. J'anesthésie. Je profite des sourires de mon sang, de la générosité de mon sang. Au calme sur ma branche. Là où le fleuve se rétrécit. Je suis persuadé que tu ne me conseillerais pas cette méthode, cette fuite du conflit. Mais je suis lâche, j'ai trop peur de moi. Et si tel est le cas, je te remercierais de ne pas me le dire. Pas maintenant. Laisse-moi encore savourer l'indolence. Les choses vont s'accélérer quand je retournerai sur la montagne, sous la neige, et que j'attendrai son retour, et ses valises, idéalement pleines.
Merci de m’écouter. De supporter cela. Je suis sincèrement désolé de ne pas te tenir la main, mais ce n'est pas un abandon, ni une esquive. J’agis spontanément, avec maladresse. Je tiens à toi à présent, n'en doute jamais. J'ai hâte de te revoir, peu importe les circonstances. J'espère très vite. Je suis également désolé de ne penser qu'à moi, je n'arrive pas à tendre l'oreille. Ce n'est pas que je ne veux pas être là pour toi, mais je suis dissipé, peu attentif, instinctivement égoïste. J'espère que tu vas bien, que tu fais attention à toi. Je laisse les échassiers être ambassadeurs des mots doux. Sache que je les partage.
Je t'embrasse ami.
Pars m'oublier et répondre aux sourires des passants.

 

 

Le corbeau répondit.

Là où le fleuve se rétrécit.
Cela semble te faire du bien.
Tu as su écouter ton sang.
Je ne saurais être le prosélyte de l'introspection acharnée et permanente.
Tout le monde a besoin de répit entre les accès de douleur.
Je ne t'en veux absolument pas de m’avoir lâché la main.
Je suis seulement triste de n’être qu’à tes côtés en ce moment.
On se reverra bientôt, j'en suis sûr.
Je ne te parlerai pas de mes déboires.
Jamais.
Je ne cherche pas ton réconfort.
Laisse-moi te vanter les mérites d’écouter son sang quand tout va mal.
Heureusement, tu as su écouter le tien.
Je quitte à présent.
J’ai la mauvaise habitude d’esquiver mon sang.
Je pense croiser d’autres volatiles.
Je définirai résolument avec eux quelle pensée gouvernera mon audace.
On portera un toast à la gloire de ta gueule cassée.
Je penserai à toi.
Tiens le coup.
Je t'embrasse.

Le corbeau prit son envol.

 

 

Il siffla au 2ème oiseau,
Un échassier.

Un deuxième oiseau vint se poser sur sa branche. Au hasard du vent.
Un échassier hilare.

Merci de ton attention. Je me sens le besoin de te siffler. J’ai besoin de ton précieux soutien, tes précieux clins d'œil.
Tu vas me manquer. Suite à ce besoin d’attention.
Sache que je regrette encore de ne pas l’avoir suivi. 
Je suis sincèrement désolé de ne pas te tenir la main, mais ce n'est pas un abandon, ni une esquive. Simplement j’agis instinctivement, certainement avec maladresse, réponse bégayée pour faire vite, mais pas bien. Désolé. Et c'est vrai que la perspective d'un vol sous la pluie, l'ancre jetée ou un simple passage, rassure du fait que je pourrais te croiser  là-bas, ailleurs. Des petites tapes dans l'dos.
Putain c'est dur.
Je l'aime. 
Tellement.
Elle m’a quitté. Elle est partie voler sous les gouttes, avant même les premiers flocons. Elle prend le temps de penser à elle, à ce dont elle a besoin. Et envie. Et moi là-dedans ? Je ne peux rien faire, simplement souffrir en silence car si elle me sait malheureux, alors elle est malheureuse.
Et c'est vraiment affreux, étouffant, suffoquant. Je le jure. Quand j'y pense, j'angoisse. Tellement. Des crises d'angoisse. Dans la tête. Et physiquement. Donc je vis avec cette peur. De la plus lâche façon qu'il soit, en m'oubliant. Pour ne pas penser à elle. Alors je ne pense pas à moi. Et pour cela ma branche me convient.
Là où le fleuve se rétrécit.
Même pas mal.
Ni même bien.
C'est ce que je voulais trouver ici, du réconfort. Prendre à pleine main la générosité de mon sang. La naïveté des sourires de mon sang. Je me mets de côté et garde secrètement espoir qu’elle reviendra. Sur sa décision. Physiquement. D’un battement d’aile. Elle compte vraiment quitter la montagne pour rester planer sous les gouttes. Mais à défaut de ne pouvoir hurler ce que je ressens pour elle et la perdre un peu plus, je m'offre à elle sur un plateau, prêt à tout accepter, partir ailleurs, sous les gouttes ou n'importe. Chacun son nid. Mais je me voile peut-être encore la face, car ces idées suggérées avant les premiers flocons ne semblaient guère suffisantes à ces yeux. Ni nécessaires. Je ne veux pas la perdre. Je tiens trop à elle. C'est Tout. C'est injuste de tout perdre, de ne plus être avec elle, ni auprès d'elle. Je ne peux pas envisager un putain d'océan entre elle et moi.
Que faire?
Je sais qu'elle souffre aujourd'hui, car ce n'est pas évident de prendre une telle décision. Et c'est affreux de raisonner ainsi, d’entendre, de respecter. Putain. Bordel. Oui je veux accepter. Mais je te jure que je brûle à l'intérieur, envie de la retenir, de lui hurler ce que je ressens, sans cesse. Mais elle ne mérite pas de souffrir davantage, je ne veux pas l'étouffer, la contraindre à se détacher davantage. Je suis désolé, je me répète, mais je siffle noir sur blanc ce qui me passe en tête, et c'est une portée cyclique.
Pardon de ne pas être plus soucieux de toi, de vous.
Je suis bêtement égoïste. 
J'espère que tu vas bien, que tu prends soin de toi.
J'aimerais tellement te revoir. Là-bas. Ailleurs.
Ce sera pour bientôt.
Je suis ici bien entouré, mais je donnerais tout pour une petite accolade. Je vais continuer à m'oublier. Pas de façon espiègle. Mais bel et bien en buvant ce réconfort serré fort, dans les bras de mon groom. Craquant au besoin pour une descente démesurée de verres d'alcool en tout genre. Ce sera certainement difficile de partager mon sang. Mais si tu y tiens, nous pourrons nous arranger. Sinon chanter ensemble suffirait, de même qu'un silence qui ne m'empêchera pas de savoir que tu m’auras entendu siffler. Merci de m’écouter. De supporter cela.
Prends soin de toi.
Ne doute jamais que je suis là. Véritablement.
J'ai hâte de me soucier plus de vous que de moi.
Bise.

L’échassier ne prit pas la peine de répondre, prenant son envol, le sourire aux lèvres.

 

 

Il siffla au 3ème oiseau,
Un perroquet.

Un troisième oiseau vint se poser sur sa branche. Au hasard du vent.
Un perroquet gris.

Merci de ton attention. Je me sens le besoin de te siffler. Ressasser la situation. Je t'avoue que depuis les premiers flocons, arrivé ici, là où le fleuve se rétrécit, je parviens à m'oublier, lâchement, et donc à ne pas penser. C'est exactement ce que je comptais trouver ici. Et j'en profite. Ça fonctionne. Excepté à l’aube. Les longs silences deviennent parfois pesants et je me sens obligé de lui siffler quelques notes. Les mêmes notes. Ne pouvant m'en empêcher. La crainte d'étouffer plus et de la contraindre à se détacher davantage car trop douloureux pour elle. Putain c'est dur. Vraiment. Je suis vraiment malheureux. Mais je le garde pour moi.
Je sais que ce n'est pas sain, mais je ne suis pas assez fort pour affronter les faits. J'ai encore besoin de candeur, de me voiler la face.
Je l'aime tellement.
Tellement.
J'ai mal au crâne.
Je ne veux pas la perdre. Je suis obligé de souffrir en silence. Ne pas brusquer. Contenir ma rage, mon envie de la retenir et de lui hurler ce que je ressens. Je craque certes à l’aube. Je dois aspirer à la constipation sentimentale. Pour elle. Il n’y a qu’elle que je ne saurai voir souffrir.
Je suis perdu. Et confus.
On pourra se siffler toi et moi, au bon gré du vent.
Tu vas me manquer. Suite à ce besoin d’attention.
Je regrette souvent de ne pas l’avoir suivi. J'ai fait ce qui était le plus facile. Le plus léthargique. À l’aube je veillerai à me faire du bien. À ne pas la siffler. Que le corps devienne corps et que l'âme trépasse.
Je t'embrasse et m'excuse de ne pas être plus soucieux de toi.
Ne doute jamais de ce que je ressens à présent pour toi.
Bise.

Le perroquet répéta à la lettre ce qu’il venait de lui confier, puis il prit son envol.

 

 

Il siffla au 4ème oiseau,
Un pivert.

Un quatrième oiseau vint se poser sur sa branche. Au hasard du vent.
Un pivert vicieux.
Ce dernier a rencontré un corbeau.

Merci de ton attention. Merci de ton soutien. Merci de te poser sur ma branche. Content que tu aies pu entendre l’écho de mes sifflements. J’espérais qu’un corbeau te tienne au courant de la situation. Ayant peu de souffle j'ai minimisé mes chants. Je ne saurais quel détail rajouter au récit du corbeau, mais elle est partie. Elle m'a bel et bien quitté. Avec pour unique et cruelle raison qu'elle ne m'aime plus. Nous étions pourtant heureux. Rien ne laissait présager cela. Vraiment rien.
C'est dur. Très dur.
J'encaisse avec difficulté. Je prends confiance par moment. Je souffre à d’autre. Cela  compromet mon belvédère. La montagne. Tout ce que nous avions bâti à deux. Elle vole sous les gouttes. Elle va revenir au pied de la montagne. Trop peu de temps pour retirer tant de brindilles. Simplement dire Au revoir. Puis elle s'en retournera sous les gouttes. Seule. De l’autre côté. À l’opposé. Une autre rive. Elle y fera son nid. De mon côté, je commence à envisager le futur. Il ne semble plus appartenir à la montagne. Les notes peuvent changer, au gré de mes humeurs, au gré du vent. Mais je pense moi aussi voler sous les gouttes. Traverser les gouttes pour me rendre plus loin. J'ai dans l'idée de boucler ma ceinture, serrée fort, et de m’éjecter. Se séparer de toutes attaches, si ce n'est mon sang. Retourner sous les gouttes, de nid en nid.
Je ne peux rien promettre, mais je tends résolument vers cette pensée qui gouvernera mon audace. C'est certain que je sifflerai toute décision.
Quoi qu'il arrive, je ne suis pas pressé, et ce n'est pas à l’aube que je prendrai mon envol. C'est douloureux de devoir tout quitter. Mais je ne supporterai pas de vivre dans les vestiges de ce qui a été bâti à deux. Et si le besoin se fait sentir, alors je reviendrai ici. Là où le fleuve se rétrécit. Une autre branche. Une nouvelle branche.
J'aurai grand plaisir à te revoir. Suite à ce besoin d’attention.
Prends soin de toi.
Je t'embrasse.
Je tiendrai le coup. Au moins pour elle.

 

 

Le pivert répondit.

Je collectionne les partitions.
Je suis ravi d’avoir eu vent de tes sifflements.
Mais les notes du corbeau sont déjà périmées.
J'ai tenté de siffler. De l’autre côté. À l’opposé. Une autre rive.
Pour en savoir plus.
Un peu plus.
Mais les vents étaient contre moi.
Alors j’ai préféré me rapprocher.
Me poser sur ta branche.
Tu avais ton sang.
C'est une sale période de merde.
J'en suis désolé.
J'espère que tu surmontes les événements malgré tout.
Naturellement.
Imagine que je t’accompagne dans cette épreuve douloureuse.
Il en sera de même quand je retournerai là-bas.
De l’autre côté. À l’opposé. Une autre rive.
Je ne peux faire davantage que penser à toi.
Cela ne soigne pas.
Un simple accompagnement, support inconscient.
Le plus difficile dans ton histoire est de ne pouvoir disposer de réelle explication vis-à-vis de cette rupture.
Peut-être a-t-elle voulu laisser la montagne derrière elle ?
Peut-être s'y trouvait-elle mal à l'aise ?
Peut-être.
Je souhaite que tu rebondisses.
Bats des ailes.
Précipite ta réaction.
Tu y parviendras.
Courage.
Le lit du fleuve est parfois plein d'obstacles qu'il est délicat d'éviter.
Je donnerai la béquée à d’autres.
Nous verrons bien.
Je dois m’en retourner.
Le ciel s’obscurcit là-bas.
De l’autre côté. À l’opposé. Une autre rive.
Je t'embrasse.
Tiens bon.

Le pivert prit son envol, la certitude que la branche brulera sous le soleil printanier.

 

 

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Tout cœur saigne

 

L'amour des soldats est loin, coule ailleurs.
Enfin seul. La tête crevasse.
Le bar fait valser les danseuses, mes yeux suivant leurs hanches intuitivement. Mes yeux vides. Ma tête crevasse.
Enfin seul, et elle, l'actuelle, est loin, pour un temps seulement.
Mais le ciel épingle toujours plusieurs astres, pin-up pour tous. Ma tête jongle alors avec ces douceurs, dans cette voie lactée. Je m'attarde plus particulièrement sur une de ces étoiles, ma dulcinée. Elle m'a souri aujourd'hui. Pas directement. À travers quelques mots écrits. Ça suffit. Ça me suffit. Du bonheur, simplement. Elle est loin, elle également. Pour toujours sûrement. Plus éloignée que tout satellite. La mer s'agite sous le ciel étoilé. Ne pas y penser.
Donc seul, au comptoir.
Une paire de seins vient se poser près de moi. La bouche exagérément maquillée qui chaperonne cet avant-coeur entame la conversation. Alors nous parlons. Ses inepties viennent remplir ma crevasse, un tas de mots morts, exécutés, jetés dans la fosse. C'est beau. Un beau moment. Je contemple sa poitrine de calendrier. Nous parlons d'amour. Il est plaisant de parler d'amour avec une travailleuse du sexe. Des mots pauvres pour des propos qui font sens, qui s'appuient sur une réalité incommodante. Cela glace le sang.
Elle poursuit sa quête. Moi je flirt. Elle fait son travail, tente désespérément de me ramener ici-bas, de me laisser convaincre par ses attributs. Elle décroche mes étoiles pour qu'il ne reste plus qu'elle. Elle s'illumine de plus en plus, irradie mes pensées blafardes. Trop de lumière à mon goût. Je ne veux pas abuser plus longtemps de son offrande. Je la stoppe, net, dans sa démarche. Je ne suis pas client. Elle rit jaune et se retire. Ses seins l'accompagnent. Je ne vois plus que son cul, qui s'éloigne, une guise de bise.
De nouveau seul, le verre vide, la tête remplie de cuivre et de quelques pépites d'or.
Mes étoiles sont à terre. Je les ramasse, une par une, et les raccroche, une par une. Ma dulcinée propulsée, à peine visible à l'oeil nu. Ne plus y penser. Puis je m'écorche. Avec la dernière. La moins éloignée. L'actuelle. Coule alors mon sang, glacé, mon amour de soldat, envers elle, pour elle. Sur le carrelage froid d'un bar de danseuses.

 

Sexmania
28/03/12
Montréal

 

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